Après 6 mois de travaux et un investissement de 3 millions d’euros, les thermes de Préchacq-les-Bains ont rouvert leurs portes en mai avec des installations modernisées. Gestion plus responsable de la ressource thermale, passage de la boue aux cataplasmes d’argile, nouveaux espaces de soins et meilleure accessibilité : Damien Sancey, directeur de l’établissement, revient sur les coulisses de ce
chantier.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je suis Damien Sancey, le directeur des thermes de Préchacq-les-Bains depuis janvier 2026.
Je ne suis pas issu du thermalisme à la base : j’ai d’abord un parcours de 20 ans dans l’hôtellerie-restauration, notamment dans l’hôtellerie de luxe, en France et à l’international, avec une expérience en Polynésie avant de rejoindre Eugénie-les-Bains puis la Bastide à Barbotan, deux établissements du groupe de la Chaîne Thermale du Soleil, dirigée par la famille Guérard, qui réunit à la fois hôtellerie,
restauration et thermalisme.
Lorsque la Bastide à Barbotan a fermé, après quatre années passées là-bas, les choses se sont bien alignées et j’ai accepté cette nouvelle mission. Je reste donc au sein du groupe de la Chaîne Thermale du Soleil et je me consacre désormais à son activité principale : le thermalisme.
À savoir
La Chaîne Thermale du Soleil est le premier groupe français de thermalisme. Fondée en 1947, cette entreprise familiale exploite aujourd’hui une vingtaine d’établissements thermaux répartis dans toute la France. Spécialisée dans la prise en charge des pathologies chroniques, elle accueille chaque année plusieurs centaines de milliers de curistes.
Pouvez-vous nous parler de Préchacq-les-Bains, de son histoire et de ce qui fait le charme de cette station thermale ?
L’établissement thermal de Préchacq-les-Bains fait partie du groupe de la Chaîne Thermale du Soleil, qui l’a racheté en 1996. Préchacq-les-Bains est une petite station thermale, à taille humaine, située au cœur
des Landes. Cette dimension fait aussi partie de son identité. Cette année, nous allons accueillir environ 1 900 curistes, ce qui permet d’avoir une relation de proximité avec les curistes et de conserver un fonctionnement où l’accueil et l’accompagnement sont très présents.

Préchacq-les-Bains possède aussi une histoire liée à l’utilisation de ses eaux. Il existe notamment ce que l’on appelle le « trou de Madame », une émergence d’eau thermale située à moins d’un kilomètre de l’établissement. Historiquement, dans les années 1900, les habitants venaient déjà prendre les eaux directement à cet endroit, de manière très simple, bien avant le fonctionnement actuel d’un établissement thermal.
L’établissement a également connu différentes périodes dans son histoire. Pendant la guerre, il a notamment servi d’hôpital. On sait aussi que, dès le début du XXe siècle, les eaux thermales de Préchacq-les-Bains étaient déjà connues, puisque certaines personnalités de l’époque venaient y soigner leurs pathologies. En 1580, Michel de Montaigne fréquentait les sources pour soigner sa gravelle. Aujourd’hui, Préchacq-les-Bains reste une station thermale à l’identité forte, portée par la qualité de ses ressources naturelles et la relation de proximité qu’elle entretient avec les curistes.
Quelles sont les orientations thérapeutiques proposées par les Thermes de Préchacq-les-Bains ?
Les thermes de Préchacq-les-Bains sont spécialisés dans deux orientations thérapeutiques : la rhumatologie et les voies respiratoires.
Ce qui fait la spécificité de Préchacq-les-Bains, ce sont justement ses eaux thermales, et la façon dont nous les répartissons selon les soins. Nous avons une eau thermale sulfurée qui jaillit à 18 °C, issue du forage Avenue, que nous utilisons pour les soins en voies respiratoires.
Puis 2 autres ressources qui sont des eaux hyperthermales sulfatées calciques, mais elles ne jaillissent pas à la même température. Cela nous permet d’adapter leur utilisation selon les soins : le forage Montaigne nous apporte une eau qui jaillit naturellement à 55 °C. Elle est utilisée directement pour l’hydratation de nos cataplasmes d’argile, mais aussi pour la vapeur thermale dans nos étuves. L’autre jaillit à une trentaine de degrés, elle est utilisée pour les soins hydrothérapeutiques (bains, douches, piscine).
Cette diversité est l’une des spécificités des thermes de Préchacq-les-Bains et nous permet d’utiliser chaque eau au mieux de ses caractéristiques.


Pour cette saison thermale 2026, les curistes découvrent de nouvelles infrastructures. Pouvez-vous nous présenter ce vaste chantier de plus de 3 millions d’euros et les principales améliorations apportées ?
Cette modernisation est un projet qui a été réfléchi depuis plusieurs années. Plusieurs éléments sont entrés en compte, notamment l’évolution du secteur thermal et les nouvelles exigences liées à la préservation des ressources naturelles. Avec les évolutions réglementaires, et notamment le Plan Eau 2030, nous savions qu’il fallait faire évoluer le fonctionnement de Préchacq-les-Bains pour qu’il soit viable dans les années à venir.
Nous avons donc travaillé sur plusieurs axes, avec une volonté d’optimiser notre établissement, d’améliorer le confort des curistes, mais aussi de faciliter le travail de nos équipes.
Une gestion plus raisonnée de la ressource thermale
Un des grands enjeux concernait la gestion de notre ressource thermale. Il était important de mieux utiliser cette ressource et d’éviter toute consommation excessive. Avant, pour certains soins, nous utilisions une eau thermale que nous refroidissions pour atteindre une température adaptée, notamment autour de 37 °C. Aujourd’hui, nous avons optimisé l’utilisation de nos différentes ressources disponibles afin d’utiliser chaque eau en fonction de ses caractéristiques naturelles, plutôt que de la transformer.
Un réseau automatisé pour renforcer la sécurité sanitaire
L’autre enjeu majeur du chantier, c’est la sécurité sanitaire, un élément fondamental dans un établissement thermal, puisque nous travaillons avec une ressource naturelle qui nécessite une surveillance permanente.
Nous avons modernisé notre réseau d’eau thermale afin qu’il soit aujourd’hui automatisé et fonctionne en circuit fermé. Cette évolution renforce la sécurité sanitaire de l’établissement en facilitant la réalisation des nettoyages réguliers, indispensables et obligatoires lorsque l’on travaille avec une eau thermale soumise à des analyses biologiques très précises.
Vous avez également repensé votre soin de boue ?
Oui, l’un des changements importants de cette modernisation concerne l’évolution de notre soin de boue vers des cataplasmes d’argile.
Avant, nous fonctionnions avec un système qui ressemblait à ce qui peut être fait à Dax, mais à notre échelle. Nous extrayions la boue directement dans les berges de l’Adour. Elle était ensuite mise dans des bassins de décantation afin que le phénomène de maturation puisse se produire. Elle était par la suite conditionnée dans des sacs de 20 kilos, manipulés par les agents thermaux. Ce fonctionnement représentait une certaine pénibilité pour les équipes.
Nous avons donc fait le choix d’évoluer vers les cataplasmes d’argile, avec l’objectif de conserver les bénéfices du soin tout en améliorant la maîtrise sanitaire et les conditions de travail.
Il est important de rappeler que le bénéfice du soin vient principalement de l’eau thermale : l’argile joue un rôle de support, elle permet de retenir l’eau thermale, de la maintenir au contact du corps et de favoriser son assimilation. À l’époque, la boue était elle-même maturée dans l’eau thermale afin de s’imprégner de ses caractéristiques. Aujourd’hui, avec les cataplasmes d’argile, nous conservons ce principe puisque l’argile est également préparée avec notre eau thermale.
Nous travaillons avec la société O’minéral, une entreprise française spécialisée dans la cosmétique. Ils ont développé des pochons micro-perforés contenant de l’argile et adaptés tout particulièrement aux spécificités de notre eau thermale.
Un soin repensé pour améliorer le confort des curistes et des équipes
Cette évolution nous a également permis de revoir complètement l’organisation du soin.
La zone qui était auparavant consacrée à la boue a été réaménagée. Aujourd’hui, nous disposons de 14 cabines dédiées aux cataplasmes d’argile au rez-de-chaussée. Chaque curiste dispose de cinq pochons qui lui sont attribués pour toute la durée de sa cure de trois semaines, un véritable gain en matière d’hygiène.
Nous avons aussi adapté notre organisation pour faciliter le travail des agents thermaux. Nous avons mis en place des chariots adaptés afin de limiter la pénibilité liée à la manipulation.
Le soin en lui-même a également évolué avec l’ajout de la musicothérapie. Pendant les dix minutes du soin, le curiste porte un casque et peut choisir parmi plusieurs séances musicales. Nous avons travaillé avec Music Care, une entreprise française qui développe ce type d’approche dans le milieu hospitalier, notamment dans des contextes postopératoires. L’idée est d’accompagner le curiste pendant son soin avec une véritable ambiance de relaxation : le protocole musical est construit avec une évolution progressive. La séance commence par une phase d’apaisement, puis la musique évolue progressivement pour terminer par une phase de réveil.
Les retours des curistes sont très positifs. Ils apprécient beaucoup cette dimension supplémentaire qui apporte une véritable parenthèse de détente pendant le soin. Cette musicothérapie est intégrée au soin, sans supplément tarifaire.


D’autres améliorations pour moderniser l’établissement et améliorer l’accueil des curistes
Les travaux ont permis de revoir l’organisation globale de l’établissement thermal.
Nous avons optimisé les espaces existants. Sur le site, nous disposions de bâtiments annexes qui étaient peu ou plus exploités, par exemple, d’anciennes cuisines et des salles liées à la restauration, qui n’étaient plus utilisées. Nous avons fait le choix de réadapter ces espaces pour répondre aux besoins actuels de l’établissement : nous y avons installé l’atelier de notre service technique, créé de nouveaux vestiaires pour les femmes et les hommes ainsi qu’un réfectoire pour les équipes. Cette réorganisation nous a permis de libérer une partie de l’établissement thermal et d’optimiser les espaces dédiés aux soins. Aujourd’hui, l’établissement est davantage pensé autour de son activité principale : l’accueil des curistes et la réalisation des soins.
Les travaux ont également permis d’améliorer les équipements dédiés aux soins hydrothérapeutiques. Nous avons ajouté des sanitaires supplémentaires, créé une zone de douche collective et augmenté le nombre de cabines de douche. Ces cabines permettent de proposer différents soins, avec notamment des douches pénétrantes, des douches au jet, des douches locales cervico-scapulaires ainsi que des douches à la térébenthine.
Nous avons également porté une attention particulière à l’accessibilité de l’établissement pour les personnes à mobilité réduite, avec des cabines adaptées dans les vestiaires, une baignoire adaptée ainsi qu’une cabine de douche permettant l’accueil dans de meilleures conditions. L’objectif était de répondre à une demande et de permettre à davantage de curistes de profiter des soins dans un environnement adapté.
Enfin, le chantier a aussi concerné le système de chauffage et de climatisation de l’établissement, entièrement modernisé. C’est particulièrement appréciable avec les températures que nous connaissons actuellement : pour un établissement thermal où les curistes bénéficient de soins chauds et humides, il est essentiel de pouvoir garantir un bon confort thermique toute l’année.
Comment s’est déroulée la réouverture de l’établissement en juillet ? Quels ont été les premiers retours des curistes ?
La réouverture s’est très bien passée.
Les retours des curistes sur les évolutions mises en place sont très positifs. Ils apprécient notamment le nouveau fonctionnement des cataplasmes d’argile, le confort apporté par les nouveaux espaces et la nouvelle organisation des soins.
Pour les équipes également, cette modernisation représente une évolution importante : le travail est aujourd’hui plus confortable, avec des outils mieux adaptés et une organisation qui limite d’avantage la pénibilité.
Cette rénovation marque une nouvelle étape dans l’histoire des thermes de Préchacq-les-Bains. Elle doit permettre à l’établissement de poursuivre son développement tout en préservant ce qui fait son identité : une station à taille humaine, tournée vers la qualité des soins et la préservation de sa ressource thermale.- 6442
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